

Récompensé au World Film Festival in Cannes lors de l’édition d’avril 2025 par les prix Best Actress in a Short Film et Best Female Director in a Short Film, Living With Grandma est son premier film en tant que réalisatrice. Rencontre.
Bonjour Finise, et merci infiniment de nous accorder cet entretien. Living With Grandma a reçu les prix Best Actress in a Short Film et Best Female Director in a Short Film. Souhaitez-vous nous dire un mot ?
Merci beaucoup, cela compte énormément pour moi. Living With Grandma est né d’un élan très personnel et profondément collectif ; voir le film toucher le public est une récompense immense. Je suis particulièrement fière de la distinction accordée à Bonnie Rose, qui a apporté au rôle tant de chaleur, de fragilité et d’humour. Les prix sont de beaux moments, mais ils reflètent aussi, à mes yeux, la confiance, la créativité et le cœur de toute l’équipe, devant comme derrière la caméra.

Living With Grandma est votre premier film. Pouvez-vous nous raconter comment ce projet s’est imposé à vous, et pourquoi ?
Je voulais raconter une histoire intime, mais capable de résonner universellement. Tout est parti de mon ami d’enfance, Louis Cangiano, qui s’est mis à me confier des anecdotes et des messages vocaux sur sa vie et sur sa relation avec sa grand-mère. Ce qui n’était que conversations et vague idée de série est devenu, peu à peu, un court métrage. Ce sont les contradictions émotionnelles du récit qui m’ont attirée : l’addiction, la famille, l’humour, le soin apporté à l’autre, et les manières compliquées dont les gens expriment leur amour. Je voulais une histoire ancrée et personnelle, qui dise pourtant quelque chose d’universel.

Avez-vous rencontré des difficultés financières pour financer votre film ?
Absolument. Le cinéma indépendant est toujours un exercice d’équilibriste sur le plan financier. Mon parcours, entre production et comptabilité, s’est révélé un atout : il m’a appris où investir et où simplifier. Nous nous sommes appuyés sur nos réseaux, sur beaucoup de débrouillardise, et sur une équipe qui croyait sincèrement au projet. Les contraintes forcent parfois l’inventivité, et je crois qu’elles ont façonné le film de manière inattendue.

Votre distribution est remarquable ! Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail de casting et sur le choix de Bonnie Rose, récompensée pour son interprétation ?
Le casting était déterminant, car la tonalité de ce film repose entièrement sur l’interprétation des comédiens. Bonnie Rose a été la première personne à laquelle j’ai pensé pour le rôle de la grand-mère, avant même que le scénario soit achevé. J’avais déjà travaillé avec elle et je savais qu’elle saurait tenir ensemble l’humour, la chaleur et la justesse émotionnelle. Une grande partie de la distribution est venue de liens tissés au fil des années dans le métier ; je cherchais des interprètes authentiques plutôt que démonstratifs. Dès l’arrivée de Bonnie, l’univers du film s’est mis en place.

C’est un récit très délicat. Vous y abordez à la fois ces groupes de parole inspirés des Alcooliques anonymes, aujourd’hui si répandus, les thèmes de l’addiction et le fossé générationnel entre Louis et sa grand-mère. Comment avez-vous abordé tout cela ?
J’ai voulu aborder ces thèmes avec empathie, sans jamais juger. L’addiction ne prend pas toujours le visage qu’on lui prête, et je voulais explorer la reconstruction, les mécanismes d’adaptation et les liens familiaux sous un angle plus humain.
Au fond, le film ne parle pas vraiment d’addiction : il parle de lien. La relation entre Louis et sa grand-mère est devenue un moyen d’explorer la façon dont les générations expriment l’amour, traversent la douleur et prennent soin les unes des autres. Même lorsque les gens ne communiquent pas de la même manière, ils cherchent souvent la même chose : être compris, acceptés, et trouver un lien.
L’humour comptait beaucoup pour moi. Je ne voulais pas d’un film appuyé, car la vie sépare rarement le drôle du difficile : les deux cohabitent.

L’une de nos scènes préférées, après celle du fleuriste, est celle d’Alexa et du divorce. La comédie est-elle la meilleure porte d’entrée vers les thèmes qui vous tiennent à cœur ?
La comédie m’a toujours semblé l’une des façons les plus honnêtes de parler des choses difficiles. La vie sépare rarement le drôle du douloureux : les deux avancent côte à côte. L’humour permet au public de baisser la garde et de s’émouvoir sans se sentir submergé. J’aime les histoires qui vous font rire puis vous cueillent, un instant plus tard. C’est dans cet équilibre que je me sens le plus à ma place.

Parlez-nous de vos projets à venir. Dites-nous-en aussi davantage sur votre rôle de représentante au sein du Focus on Women Committee et sur la création de Reel Solidarity.
En ce moment, Desperately Seeking Commitment poursuit sa carrière en festivals, et j’étudie la possibilité de porter Living With Grandma à Off-Broadway — une perspective enthousiasmante dans un format vivant.
Cet été, je m’apprête à tourner mon prochain court métrage, Girlfriend 2.0 : l’histoire d’une femme soumise à une thérapie émotionnelle de pointe, menée à partir d’une version simulée d’elle-même, et contrainte à un affrontement identitaire irréel face à une version optimisée pour incarner tout ce que le monde attend d’elle.
En dehors de la réalisation, je siège comme représentante au DGA Focus on Women Committee et je continue de développer Reel Solidarity, tourné vers la communauté, le mentorat et l’élargissement de l’accès au cinéma et à la télévision.

Comment envisagez-vous l’avenir du cinéma à l’ère post-COVID ?
Le cinéma d’après la Covid a transformé notre façon de regarder et de nous relier. Aujourd’hui, la technologie gouverne largement nos usages : on consomme sans fin des contenus courts sur son téléphone, et des plateformes comme YouTube ressemblent de plus en plus à Instagram. Le public regarde souvent les films chez lui, parfois en fond sonore, plutôt que de s’engager dans l’expérience de la salle. Mais ce basculement ouvre aussi des perspectives : il met les cinéastes au défi de créer des œuvres fortes et sincères, capables de percer les distractions et de rappeler la magie du cinéma partagé. Je crois que l’avenir est affaire d’équilibre : embrasser les nouveaux formats et les nouvelles plateformes, tout en préservant la salle comme lieu d’immersion, d’empathie et d’humanité partagée.

BIO
Biographie de Finise Avery
« Living With Grandma est né d’un élan très personnel et profondément collectif. »
Finise Avery est réalisatrice, scénariste et productrice, installée à New York, reconnue pour l’acuité de son écriture visuelle et pour son attachement aux récits qui interrogent le personnage, l’identité et l’équité sociale. Membre de la Directors Guild of America (DGA) et de SAG-AFTRA, elle conjugue l’expérience des grandes productions de studio et le goût d’un cinéma indépendant audacieux.
Son premier film en tant que réalisatrice, Living With Grandma, a été salué internationalement : Best Female Director au World Film Festival in Cannes, Best First Time Director à LAFA comme à Londres, et plusieurs distinctions majeures aux Oniros Film Awards, au Rome International Film Festival, à Cineplay et à Athens. La tonalité singulière du film et la sincérité de ses interprétations continuent de marquer le circuit des festivals.
En 2025, Finise a élargi son territoire créatif avec CRUNCH, une publicité de démonstration de soixante secondes, comédie noire réalisée pour le Musicbed Challenge. Située dans la chambre d’exécution d’un couloir de la mort, elle donne une lecture cinématographique du « dernier repas » et transforme un instant sinistre en absurdité inattendue, le temps d’une bouchée irrésistible de Caveman Crunchies. Tourné sur les lieux mêmes de l’Arthur Kill Correctional Facility et produit par Electric Dreams Productions, le film illustre son agilité de ton et sa maîtrise des récits à concept fort dans les formats courts.
Au-delà de son travail derrière la caméra, Finise défend ouvertement l’inclusion et la représentation dans l’industrie du divertissement. Elle est représentante élue de la catégorie AD/UPM au Focus on Women Committee de la DGA et fondatrice de Reel Solidarity, une organisation à but non lucratif qui œuvre à élargir l’accès et les opportunités des talents sous-représentés dans la production audiovisuelle.

Liens officiels
Site officiel : electricdreamsproductions.com
Instagram — Finise Avery : instagram.com/finise
Instagram — Electric Dreams Productions : instagram.com/electricdreamsproductions
Publications
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