Best Drone Film Winners Gold Laurels
Osama Kamal Elolemy, merci beaucoup d’accorder au World Film Festival in Cannes cette interview. Le film que vous avez scénarisé a remporté le prix « Best Drone Film ». Les images tournées au cœur de la splendide Samarcande sont à couper le souffle, et les légendes sont inspirantes. La Turquie a fait l’actualité récemment, mais pas pour ses derviches. Pouvez-vous nous en dire davantage sur le soufisme et la purification de l’âme ?

Merci infiniment, cela me touche beaucoup.

Le soufisme est une voie spirituelle d’une grande beauté. En son cœur, il s’agit de purifier l’âme — laisser l’ego, embrasser l’amour, l’abandon et l’humilité. La giration que vous voyez dans le film n’est pas une chorégraphie : c’est une prière, une manière de se relier au divin par le mouvement.
Tourner à Samarcande a rendu l’expérience encore plus forte. Le silence du petit matin, l’atmosphère sacrée, le rythme lent et intentionnel de la derviche — tout s’est accordé d’une manière très spéciale. Je ne voulais pas seulement que le public regarde le film… je voulais qu’il le ressente, qu’il éprouve cette énergie silencieuse et sacrée à travers l’écran.

La réalisatrice du film, Eugenia Nita, et la derviche sont toutes deux des femmes. La question est peut-être biaisée, mais pensez-vous que cela a aidé à en capter toute la beauté ?

C’est une excellente question — et honnêtement, oui, je pense que cela a fait une différence.
Eugenia, qui a réalisé le film (et qui est aussi mon épouse), possède une intuition émotionnelle incroyable lorsqu’elle dirige. Elle ressent les choses profondément. Et la derviche — une femme forte elle aussi — a apporté une énergie brute et une présence remarquables. Il y avait entre elles une connexion silencieuse, comme si elles se comprenaient sans mots. C’est cela qui a rendu l’instant si vrai : elles n’étaient pas seulement en train de « capturer une scène », elles vivaient le moment.

The Whirling Dervish - A Dance of Inner Power
La danse a-t-elle été filmée en décor naturel ou en studio ?

La danse a été filmée entièrement sur site, sur la place historique du Régistan, à l’aube, en Ouzbékistan. Nous avons obtenu une autorisation spéciale pour tourner avant l’ouverture au public — c’était essentiel, non seulement pour la lumière, mais pour le silence. Ce silence nous a permis d’entendre l’âme du lieu. Aucune lumière artificielle, aucun bruit d’équipe — seulement le vent, le souffle et l’esprit. La magie du lieu a tout changé.

Le public peut-il accéder à des sites sacrés comme celui-ci ?

Oui, certains sites sacrés sont ouverts au public, mais cela dépend de l’heure et du but de la visite. Dans notre cas, nous avons coordonné étroitement avec les autorités locales pour que tout se déroule de façon respectueuse et privée.

The Whirling Dervish - A Dance of Inner Power
Vous évoquez le silence et la puissance — « une danse de puissance intérieure » et « là où le silence détient une puissance ancienne ». Le silence est-il une puissance ?

Absolument — le silence est une forme de puissance.
Dans le bruit permanent qui nous entoure, le silence devient un acte fort. C’est dans ces moments de calme que l’on se relie vraiment à soi. En soufisme, le silence est l’endroit où la vérité se manifeste.
Quand la derviche tourne, elle ne « danse » pas seulement — elle écoute. Il n’y a pas de mots, seulement le sentiment. C’est ce que j’appelle la « puissance intérieure » : elle n’a pas besoin d’être bruyante pour être forte.

En Europe et peut-être dans le reste du monde occidental, les derviches tourneurs sont souvent vus comme de simples danseurs folkloriques. Cela semble une idée reçue, et vos paroles — « Ce n’est pas une danse », « c’est une transcendance » — le prouvent. Merci à vous.

Merci beaucoup, j’apprécie. Oui, en Occident, on voit souvent les derviches comme des artistes en costume qui tournent — mais c’est bien plus profond. Nous voulions montrer pourquoi ils tournent. Ce n’est pas une performance : c’est un acte spirituel.
Tourner, c’est lâcher prise, s’abandonner au point de se perdre dans quelque chose de plus grand que soi. Ce n’est pas fait pour divertir — c’est fait pour relier. Si notre film a contribué, même un peu, à changer ce regard, j’en suis vraiment reconnaissant.

The Whirling Dervish - A Dance of Inner Power
Quelle est votre vision du cinéma post-COVID ?

L’ère post-COVID a reconfiguré le cinéma — pas seulement dans sa fabrication, mais dans sa raison d’être. Nous entrons, je crois, dans un temps où le public recherche des histoires humaines plus profondes, une authenticité culturelle et une vérité émotionnelle plutôt que le spectacle. Il y a une faim de connexion — des films qui parlent de résilience, d’identité et de vulnérabilité partagée. La technologie continuera d’évoluer, mais ce qui définira vraiment le cinéma post-COVID, c’est son retour au sens :

raconter des histoires qui comptent, avec intention et avec cœur.

Aujourd’hui, j’ai parfois le sentiment que les cinéastes jouent la sécurité ou misent sur le choc, plutôt que de raconter des récits originaux et porteurs d’élévation. J’espère sincèrement que nous reviendrons au cinéma qui fait sourire, rêver et qui inspire — pas seulement à celui qui alourdit ou stresse.

BIO

Biographie d’Osama Kamal Elolemy

Je suis Osama Kamal Elolemy, également connu sous le nom de « genie in a click » — photographe et vidéaste basé à Dubaï, avec une passion profonde pour la documentation de la culture, des traditions et de l’esprit humain. Mon parcours a débuté dans la photographie de portrait et de mode, mais au fil du temps, je me suis tourné vers des récits qui transcendent les tendances — des histoires enracinées dans le patrimoine, l’identité et notre lien commun à la terre.

Aujourd’hui, mon travail se concentre sur la mise en valeur de la beauté des cultures à travers la photo et la vidéo. Que je filme une derviche tourneur à l’aube à Samarcande ou que je photographie des cavaliers lors des festivals de Tbourida au Maroc, j’ai pour objectif de préserver des moments porteurs de sagesse ancestrale, d’énergie spirituelle et de mémoire collective.

Aux côtés de mon épouse, j’ai voyagé à travers l’Afrique, l’Asie centrale et le Moyen-Orient, en utilisant la caméra comme un pont entre les mondes. Mes films et photographies ont été présentés dans des expositions des Émirats arabes unis à la Roumanie. Je suis honoré d’être membre du Nikon Professional Services ainsi que de l’Union Arabe des Photographes.

Pour moi, la photographie et la vidéo vont au-delà de l’art : elles sont une forme de préservation culturelle, un moyen d’honorer des voix et des histoires qui méritent d’être vues et transmises.

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📷 Instagram : Osama Elolemy

©2025 Isabelle Rouault-Röhlich

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